ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES

Copyright © Patrick Émile Carraud, 2003 

Prosper MÉRIMÉE


BIOGRAPHIE :

(1803 - 1870)
Né à Paris le 27 (ou le 28) septembre 1803. Mort à Cannes le 23 septembre 1870.
Romancier. Nouvelliste. Dramaturge. Inspecteur général des Monuments historiques. Membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Membre de l'Académie française.

Leonor, le père de Prosper Mérimée, est professeur de dessin à l'école polytechnique (il sera secrétaire de l'École des Beaux-Arts en 1807). Sa mère, Anne-Louise, est beaucoup plus jeune que sont époux (18 ans d'écart) : à la naissance de Prosper elle est âgée de 28 ans.

Prosper fera ses études secondaires au lycée Henri IV (lycée Napoléon). Il souhaite faire carrière en tant qu'artiste peintre. Son père est peintre ! et le dissuade de poursuivre dans cette voie.

En 1819 Prosper Mérimée s'inscrit à la Faculté de droit. Déjà il s'intéresse à la littérature, et tout particulièrement à la littérature anglaise. Il a fait la connaissance d'Ampère ; avec son aide il traduit Ossian 1 (1820). En 1822 il fait la connaissance de Stendhal.

Stendhal et Ampère l'introduiront dans le « monde », ce monde qui compte tant pour réussir, dans les « salons ». Mérimée y rencontrera quelques unes des personnes qui comptent alors en littérature ou par ailleurs, Cousin, Delécluze, Girardin, Sainte-Beuve, Viollet-le-Duc…

Il commence à donner lecture de ses premières œuvres à ses relations. Chez Viollet-le-Duc il lit, en 1822, une pièce de théâtre, aujourd'hui perdue.

Il passe ses examens de droit, baccalauréat et licence, en 1823. Il travaille bientôt, après avoir été reçu avocat, au minitère du Commerce.

Il lit chez Delécluze, en 1825, une autre pièce de théâtre, Les Espagnols en Danemark, et une autre encore, Une Femme est un diable. Mais sa carrière littéraire débute cette même année par la publication de Le Théâtre de Clara Gazul 2, qui obtient un grand succès d'estime, ceci même si les ventes de l'ouvrage sont peu importantes. Cet ouvrage vaut à Mérimée d'être invité dans les salons les plus en vue, notamment chez madame Récamier.

Mérimée fait deux voyages en Angleterre (il s'interresse à la littérature anglaise — la pièce perdue lue chez Viollet-le-Duc s'intitulait : Cromwell) au cours de l'année 1826. En 1827 Mérimée retourne à ses premières amours, fréquente des artistes-peintres, et s'exerce à barbouiller, selon l'aveu de son père, et publie une nouvelle mystification, La Guzla 3.

Mérimée est l'amant de madame Lacoste. La chose déplaît fort à monsieur Lacoste. En janvier 1828 Lacoste et Mérimée s'affrontent dans un duel au pistolet. Mérimée ne tire pas sur son adversaire ; et reçoit trois balles au bras et à l'épaule gauche !

Mérimé écrit ensuite un premier roman historique La Jacquerie, scènes féodales qui paraît dès juin 1828. Un second roman historique, d'une autre ampleur, paraît l'année suivante (1829), La Chronique du règne de Charles IX. Cet ouvrage apporte à Mérimée la célébrité et sera maintes fois réédités.

Il commence alors à publier de courts récits, non exempts de violence parfois, dans La Revue de Paris (L'Enlèvement de la Redoute [septembre 1829]), La Revue française (Mateo Falcone [1829], Le Vase étrusque [1830], Tamengo, La Perle de Tolède…).

De juin à décembre 1830, suite à une déception sentimentale peut-être, Mérimée voyage en Espagne. Lors d'un trajet en diligence il fait la connaissance du comte de Teba, qui deviendra le comte de Montijo ! Mérimée est invité chez le comte Teba, à Madrid… De cette rencontre fortuite naîtra de longues relations, une amitié sincère avec la comtesse de Montijo, et Mérimée connaitra dès l'enfance la fille de la comtesse, la future épouse de l'empereur Napoléon III.

De retour en France, grâce à la bienveillante protection de la maison de Broglie, Mérimée est nommé en février 1831 chef de bureau du Secrétariat général de la Marine, dès le mois suivant, en mars, chef de cabinet du comte d'Argout au ministère du commerce. Et en mai (de la même année), Mérimée est fait Chevalier de la Légion d'honneur !

À parir de cette époque on connaît à Mérimée plusieurs liaisons. Parmi les femmes avec qui il entretient des relations intimes, plus ou moins intenses et plus ou moins longues citons : Céline Cayot (une actrice), Jenny Dacquin, George Sand (la femme de lettres), madame Delessert (dont l'époux, préfet d'Eure-et-Loire, deviendra préfet de police de Paris).

Le 27 mai 1834 Mérimé devient inspecteur général des Monuments historiques. Puis il sera nommé au Comité des Arts et Monuments (1835), ensuite à la Commission des Monuments historiques (1837). Il se consacre pleinement à son travail, à ses missions et entreprend régulièrement des voyages d'inspection dans les différentes provinces de France. Il voyage encore à l'étranger quand l'occasion se présente et que les activités liées à ses charges lui en laissent le loisir. Il fait un nouveau séjour en Angleterre en 1837. En 1839 après une inspection en Corse 4 il rejoint Stendhal en Italie. En 1842 il voyage en Grèce et en Turquie.

En août 1843 il effectue une tournée d'inspection dans l'est de la France (Bourgogne, Franche-comté) en compagnie de Viollet-le-Duc. Et en novembre (1843) il est élu à l'Académie des Inscription et Belles-Lettres. Et quelques mois plus tard il est élu académicien français (14 mars 1844 — il remplace Charles Nodier).

En 1845 et 1846 il effectue deux voyages en Espagne…

Pendant la révolution de 1848, le 24 février, le préfet de police, monsieur Delessert se réfugie chez Mérimée. Le lendemain Delessert et son épouse s'acheminent vers l'Angleterre. Les Delessert sont bientôt de retour. Et les rapports entre madame Delessert et Mérimée se tendent. En effet Mérimée semble avoir perdu tout attrait aux yeux de cette femme, qui depuis 1845 sans doute est devenue la maîtrese de Charles de Rémusat.

En 1850 Mérimée fait un nouveau voyage en Angleterre. En 1851 il voyage encore en Angleterre, mais aussi en Belgique, et aux Pays-Bas. Et cette même année il est invité à plusieurs reprises chez la princesse Mathilde Bonaparte-Demidov, amie des arts, et fille de Jérôme Bonaparte (maréchal de France en 1850, il sera président du Sénat en 1852, et fut roi de Wesphalie entre 1807 et 1813 — frère de Napoléon Ier) .

En 1852, le 21 janvier, il est fait officier de la Légion d'honneur. Et la même année, le 26 mai, suite à outrage à la magistrature, il est condamné à quinze jours de prison, qu'il effectue, à mille francs d'amende, qu'il paye : il avait, dans un article de La Revue des Deux Mondes, pris la défense avec un peu trop d'emportement et en des termes par trop enflammés de l'un de ses amis condamné pour avoir volé des ouvrages et des documents dans plusieurs bibliothèques publiques.

En 1853, il est nommé sénateur. Dans les milieux libéraux et lettrés sa réputation s'en trouve notablement altérée. À l'occasion de cette accession au Sénat il conserve son poste d'Inpecteur des Monuments historiques (sans plus en percevoir les appointement), mais se soulage des tournées d'inspection en confiant la charge à l'architecte Courmont. De septembre à décembre (1853) il séjourne en Espagne. En 1854 il effectue un voyage en Europe centrale. Peu après son retour, madame Delessert, à la demande de Maxime Du Camp, son nouvel amant, lui signifie qu'elle rompt définitivement avec lui. Il en demeurera longtemps affecté.

À partir de 1856 des problêmes de santé (asthme) l'oblige à passer l'hiver dans le Midi (il se rend alors à Cannes). Il y est accompagné par Fanny Lagden et sa sœur (elles sont anglaises, et des amis de longue date).

Mérimée est de plus en plus souvent invité à la cour impérial auprès de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie (de Montijo). Il effectue des voyages en Angleterre, en Suisse, en Bavière, en Autriche, en Italie et en Espagne encore. Il se rend à Londres régulièrement (entre 1860 et 1868 tous les ans — c'est à Londres, où il mène également une vie très mondaine, qu'il a choisi son tailleur !)

En juin 1861 l'empereur se rend sur les fouilles d'Alésia à Alise-Sainte-Reine, Mérimée est de ceux qui l'accompagnent. Mérimée accompagne Napoléon III à Biarritz où il sera invité à maintes reprises au cours des années suivantes.

En 1866 (août) Mérimée est fait grand officier de la Légion d'honneur. En septembre il rédige une nouvelle (La Chambre bleue) qu'il dédie à l'impératrice Eugénie, et regagne les faveurs de madame Delessert.

C'est en 1868 qu'il écrit Lokis, son œuvre la plus célèbre sûrement après Colomba ou Carmen.

En 1869 Prosper Mérimée tombe gravement malade. On s'attend au pire. La presse annonce son décès, par erreur.

Le premier juin 1870 il arrive à Paris en provenance de Cannes. Les 18 et 20 août il tente d'obtenir de Thiers le maintien du régime impérial (second Empire). Le 10 septembre, malade, l'œdème le gagne, il quitte Paris, sans revoir Eugénie de Montijo (l'impératrice, qu'il connut enfant, en Espagne). Le 23 septembre il meurt à Cannes.

Le 23 mai 1871, pendant l'épisode de la Commune de Paris, sa demeure de la rue de Lille est incendiée. Les flammes n'épargnent pas sa bibliothèque, ses archives.

 

BIBLIOGRAPHIE :

Quelques titres : Le Théâtre de Clara Gazul (1825) ; La Guzla (1827) ; La Jacquerie, scènes féodales ; La famille de Carvajal (1828) ; La Chronique du règne de Charles IX ; L'Enlèvement de la Redoute (septembre 1829) ; Mateo Falcone (1829) ; Le Vase étrusque ; L'Occasion ; Le Carosse du Saint-Sacrement (1830) ; La Double Méprise ; La Partie de trictrac  (1833); Les Âmes du purgatoire (1834) ; La Vénus d'Ille (1837) ; Notes d'un voyage en Corse ; Colomba (1840) ; Essai sur la guerre sociale (1841) ; Monuments Helléniques (1842 [?]) ; Essai sur l'histoire romaine (en deux tomes ; le premier tome est en fait une nouvelle publication d'Essai sur la guerre sociale — 1844) ; Carmen (1845 ; La Dame de Pique (traduction d'une nouvelle de Pouchkine — 1849) ; Épisodes de l'histoire de la Russie ; Les Faux Démétrius (1852) ; Lokis (1868) ; Djoûmane (1869)…


• 1 —

James Macpherson (1736-1796) en 1760 publia Fragments de poésie ancienne, dont le succès fut immense et dont l'influence sur la littérature romantique relativement importante.

Ces Fragments de poésie ancienne étaient inspirés de textes originaux en gaélique (irlandais) et en erse (écossais, autre langue gaélique). Ces textes originaux étaient attribués à Ossian, un barde mythique de l'Écosse ancienne (IIIe siècle).

D'aucuns, les poèmes épiques originaux étant demeurés inconnus jusque-là en Angleterre, estimèrent que Macpherson était un mystificateur (comme plus tard certains pensèrent que le vicomte Théodore Hersart de La Villemarqué le fut lorsqu'il publia son Barzaz-Breiz).

Les poèmes originaux furent publiés en 1807.

Toutefois prenez connaissance de ce commentaire que fait Philippe Le Stum dans une note de bas de page (note 1, page 15) de son ouvrage Le Néo-druidisme en Bretagne – Origine, naissance et développement, 1890-1914 (éditions Ouest-France, 1998) à propos de l'ouvrage de Macpherson : « À partir de fragments authentiques traduits, liés entre eux et très considérablement augmentés, Macpherson avait composé une longue épopée qu'il attribuait à un barde du IIIe siècle. Sur cette supercherie littéraire et son extraordinaire « fortune » artistique, voir le catalogue de l'exposition Ossian, Paris, Grand Palais, 1974.»

• 2 —

Le Théâtre de Clara Gazul : il s'agit d'un ouvrage en apparence, en apparence seulement, écrit par une actrice espagnole, une certaine Clara Gazul donc, et prétendument traduit de l'espagnol par un certain Joseph Lestrange, nom dont est signé la préface.

• 3 —

La Guzla : il s'agit cette fois, en apparence, en apparence seulement, d'une traduction de « ballades illyriennes » d'un imaginaire auteur illyrien que Mérimé nomme Hyacinthe Maglanovitch. Cet ouvrage ne fut pas non plus un très grand succès de librairie, mais fut lui aussi relativement bien reçu par les gens de lettres. Et certaines de ces originales « ballades illyriennes » furent notamment traduites en allemand et en russe (en russe, par Pouchkine).

• 4 —

De son voyage en Corse, où il fera certaines rencontres qui l'impressionneront grandement, il ramènera la matière de Colomba.



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