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(1854 - 1891)
Né à Charleville le 20 octobre 1854. Mort à Marseille le 10 novembre 1891.
Poète.
Jean Nicolas Arthur Rimbaud est fils de militaire. Son père, capitaine dans l'infanterie, se montre peu présent au foyer familial ; et la retraite venue, en 1864 1, moins encore : il abandonne alors sa famille. Arthur Rimbaud, son frère aîné Frédéric, ses deux sœurs, Vitalie et Isabelle, seront donc élevés par leur sévère mère, issue d'un milieu rural aisé.
En 1862 Arthur Rimbaud débute une scolarité qui bientôt révèle ses heureuses dispositions. De sixième il passe directement en quatrième. En 1869, au Concours académique, Rimbaud obtient le premier prix de vers latins. Il est alors pour la première fois publié, en latin, dans le bulletin de l'académie de Douai, Le Moniteur de l'enseignement secondaire.
Des exercices obligés de versification latine il en vient bientôt à la rédaction de poésies en français. En janvier 1870 La Revue pour tous publie son poème intitulé Les Étrennes des Orphelins.
Son professeur de réthorique, Georges Izambard, le prend en amitié, le conseille, lui fait découvrir les poètes contemporains, et parmi ceux-ci les parnassiens.
Rimbaud ambitionne d'être publié dans le deuxième numéro du Parnasse comtemporain. En mai il envoie, dans cette perspective, à Théodore de Banville, une lettre à laquelle sont joints trois de ses poèmes (Sensation, Ophélie, Credo in unam). En août il publie Trois Baisers dans La Charge, un hebdomadaire.
Mais en juillet 1870 c'est la guerre franco-prussienne 2. Le 29 août 1870 Arthur Rimbaud fait une première fugue. Il prend un billet de train pour Saint-Quentin et poursuit son voyage jusqu'à Paris. Il ne dispose pas de la somme nécessaire pour payer le supplément de prix occasionné par le dépassement de l'itinéraire autorisé par son billet. Il est incarcéré peu après son arrivée à la gare du Nord. Georges Izambard le tire de ce mauvais pas. Rimbaud rejoint Izambard à Douai, chez des tantes de celui-ci.
À Douai Rimbaud s'attelle à la rédaction d'un recueil qu'il songe présenter ultérieurement à un ami de George Izambard, le poète Paul Demeny. Puis il rentre à Charleville.
Le 7 octobre 1870 Arthur Rimbaud fait une deuxième fugue. Il se rend dans les Ardennes, à Fumay, à Givet, puis en Belgique, à Charleroi, où il pense pouvoir trouver un poste de journaliste, à Bruxelles, puis, de retour en France, à Douai, chez les tantes d'Izambard, où il séjourne du 20 au 30 octobre. Il met au propre ses poèmes et en confie le recueil manuscrit à Paul Demeny. Enfin, le 1er novembre (1870), à la demande de sa mère, Rimbaud est reconduit à Charleville par la maréchaussée.
Conséquence de la guerre, le collège que Rimbaud fréquentait, faisant office d'établissement hospitalier, est fermé à l'enseignement. Désœuvré, Rimbaud traîne, s'amuse, fréquente la bibliothèque, souvent accompagné d'un ami fidèle, Ernest Delahaye. Il travaille aussi sa poésie, dont le ton s'affermit.
Le 25 février 1871 Athur Rimbaud fait une troisième fugue. Il gagne Paris, alors en pleine effervescence. Puis il revient, à pied, à Charleville.
Sa pensée, ses conceptions se radicalisent. Probablement, selon certains biographes, Rimbaud, retourné à Paris, s'engage-t-il dans les milices communardes pour combattre les troupes versaillaises…
Le 13 mai (1871) il rédige une lettre adressée à Georges Izambard, et accompagnée du texte intitulé Le Cœur supplicié. Le 15 mai il écrit à Paul Demeny, une lettre, dite du voyant, à laquelle sont joints trois poèmes, Chant de guerre parisien, Mes petites Amoureuses, Accroupissement. Le 10 juin il écrit à nouveau à Demeny ; il lui demande de brûler le manuscrit qu'il lui avait laissé en octobre de l'année précédente, et lui fait parvenir trois autres poèmes : Les Poètes de sept ans, Les Pauvres à l'église, Le Cœur du pitre. Le 15 août il écrit une nouvelle fois à Théodore de Banville, et lui fait parvenir un poème long, et touffu comme une jungle, Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs.
Ensuite, dès la fin août, puis courant septembre, Rimbaud écrit à Paul Verlaine, autre poète parisien. À la suite de cette correspondance Paul Verlaine invite Arthur Rimbaud à Paris.
Rimbaud vient de composer Le Bateau ivre qui deviendra son poème le plus célèbre.
Il demeure d'abord avec Paul Verlaine et Mathilde, l'épouse de celui-ci ; chez les beaux-parents de Verlaine. Il doit ensuite rapidement être hébergé sous un autre toit. On trouve à le loger dans les locaux d'un club littéraire, fondé par Charles Cros, celui des zutistes.
Rimbaud, ce jeune 3 génie imbu de lui-même, incapable de montrer la moindre indulgence, prétentieux et effronté, d'une impertinence provocatrice, d'une impolitesse extrême, se rend insupportable auprès de ses hôtes, auprès des amis de Verlaine 4. Rimbaud s'affiche scandaleusement avec Verlaine. Les rapports entre Paul Verlaine et son épouse se dégradent. Mais Verlaine ne souhaite pas se séparer de Mathilde, sa femme. Dans le courant du mois de mars 1872 Rimbaud quitte Paris, pour revenir à Charleville. Il écrit, et adopte dans ses poèmes (ceux qui seront réunis dans Derniers vers) un ton nouveau, une forme moins sophistiquée.
En mai 1872 Rimbaud revient à Paris ; à la demande de Verlaine. Il mène une vie de bohème, loge en différents endroits, abuse de l'absinthe. La nature homosexuelle de ses relations avec Verlaine ne fait plus guère de doute. Le 7 juillet il entraîne Verlaine (qui délaisse donc son épouse) dans un périple, une aventure douteuse, qui n'aura que peu d'aspects très poétiques.
Ils partent d'abord pour la Belgique, où le 21 juillet Mathilde, l'épouse de Paul Verlaine, les rejoints et tente, en vain, de ramener son mari au foyer.
Ils gagnent ensuite l'Angleterre, Londres, où ils fréquentent les Communards exilés. Ils y séjournent, y vivent, y survivent, de septembre à décembre. Rimbaud y écrit un certain nombre de ses poèmes, et, peut-être, y commence-t-il la rédaction de ses Illuminations. Le 14 septembre une poésie de Rimbaud, Les Corbeaux, est publiée dans la revue La Renaissance littéraire et artistique. En décembre Rimbaud revient en France, à Charleville.
Verlaine, resté à Londres est malade. Rimbaud le rejoint. De janvier à avril 1873 ils seront ensemble.
En avril Verlaine essaye de se réconcilier avec Mathilde ; sans succès. Rimbaud est revenu à Roche, dans la propriété familiale, où il entame la rédaction d'Une Saison en Enfer.
Le 24 mai Rimbaud répond à l'appel de Verlaine et le rejoint en Belgique, à Bouillon, où il se trouve alors. Tous deux regagnent ensuite l'Angleterre. Où la vie commune reprend, émaillée de querelles fréquentes. Le 3 juillet, c'est Verlaine qui prend l'inititive d'une nouvelle rupture ; il revient sur le continent, en Belgique, à Bruxelles. Il souhaite encore se réconcilier avec son épouse Mathilde. Rimbaud le rejoint. Quelques jours plus tard, le 10 juillet (1873), Verlaine, qui quelques jours plus tôt voulait rejoindre les rangs des partisans de Charles de Bourbon 5 ou se suicider, après une énième scène de ménage avec le jeune éphèbe carolomacérien 6, apprenant que celui-ci veut retourner en France, à Paris, devinant sa disgrâce, l'abandon dont il va être victime, lui tire dessus au revolver et le blesse d'une balle 7.
Verlaine est arrêté, condamné à deux ans de prison. Rimbaud retire sa plainte, et quitte la Belgique sans assister au procès.
Le 20 juillet Rimbaud est revenu à la ferme familiale, à Roche, et poursuit la rédaction d'Une Saison en Enfer. Ce texte achevé il le fait imprimer à Bruxelles. L'ouvrage n'est pas diffusé et demeure entreposé chez l'imprimeur 8. Rimbaud ne dispose que de quelques exemplaires. Il en fournit un, qu'il dépose à la prison des Petits-Carmes, à Paul Verlaine. Il en distribue donc quelques rares exemplaires à ses amis.
De janvier à mars 1874, Rimbaud est en Angleterre en compagnie d'un nouvel ami, un jeune poète, Germain Nouveau… Rimbaud travaille aux Illuminations. Nouveau le quitte. Plus tard Rimbaud se rendra en Écosse.
En janvier 1875 il revient à Charleville. En février il se rend en Allemagne, à Stuttgart, poussé par quelque velléité d'apprendre l'allemand. Il rencontre Verlaine, libéré, et se querelle encore une fois avec lui.
Il entreprend, à pied, en mai, un voyage de Stuttgart à Milan. En Italie, il tombe malade. Le consulat de France de Livorno se charge de le faire rapatrié à Charleville, où il restera d'octobre à décembre. Là il manifeste des velléités de travailler, d'apprendre des langues étrangères, de passer son baccalauréat…
En 1876 il reprend ses pérégrinations, qui le conduisent, en avril, en Autriche, à Vienne, puis, après un engagement dans l'armée coloniale hollandaise, à Batavia (aujourd'hui Djakarta) dans l'île de Java, en mai. En juillet il déserte ; et sous un faux nom, après une longue traversée, après avoir manqué de peu le naufrage, regagne, d'août à septembre, l'Europe, la France, Charleville.
En 1877 Rimbaud voyage dans le nord de l'Europe. En septembre il s'embarque à Marseille pour l'Égypte, Alexandrie. Malade, il doit être rapatrié, et rentre donc à Charleville.
En 1878 il se rend à Hambourg, revient à Charleville, gagne, en octobre, l'Italie, à pied encore. En novembre il s'embarque de nouveau pour Alexandrie. Il interrompt son trajet à Chypre. Là, en décembre, il trouve un poste de chef de carrière.
En 1879 il tombe malade une nouvelle fois. En juin il revient en France, et passe sa convalescence dans la ferme familiale de Roche.
Au commencement de l'année 1880 il retourne à Chypre. Il quitte Chypre précipitamment, semble-t-il à la suite de la mort, dont les conditions ne sont pas clairement établies, de l'un des ouvriers qu'il avait sous ses ordres. Sa fuite le conduit en Égypte. Après plusieurs escales dans des ports de la mer Rouge il s'établit à Aden : le voici au service d'une entreprise commerciale, surveillant, non plus d'ouvriers mineurs, mais d'ouvrières triant le café. Bientôt on l'envoie, à Harar (aujourd'hui en Éthiopie). D'abord employé, ensuite directeur de l'établissement local de son employeur, la maison des frères Bardey, il achète ou troque des peaux, de l'ivoire, du café… En 1882 et 1883 il prospecte l'Ogaden (région de steppes, haut plateau, à l'extrémité est de l'Éthiopie, peu exploré à l'époque) pour le compte de son employeur, et envoie un rapport à la Société française de géographie.
En 1885 il quitte son emploi. Avec deux associés il entreprend un trafic d'armes : la livraison à Ménélik, « ras » du Choa (province la plus peuplée d'Éthiopie, région d'Addis-Abeba), de deux milliers de fusils (1886-1887). L'un de ses associés meurt. Puis l'autre… Il est donc le seul à mener l'expédition à son terme. Mais il semble qu'il ne retire pas de son négoce tout le bénéfice escompté (selon certaines sources même, Ménélik ne l'aurait pas payé). Néanmoins, par Aden et Zeilah, il gagne l'Égypte, afin d'y mettre son gain et/ou ses économies en sûreté.
Il songe un moment voir la mirifique Zanzibar, et le Japon. Mais en définitive il regagne Harar. Il y obtient le poste de directeur du bureau de la maison de commerce de César Tian, son dernier employeur, qu'il tient de 1888 à 1891.
En février 1891 Arthur Rimbaud souffre d'une tumeur au genou droit. En mars, on le porte jusqu'à Zeilah. De là, via Aden il rentre en France où il arrive le 9 mai. Le 22 mai il est admis à l'hopital, à Marseille. Peu de jours après, il y subit l'amputation de sa jambe droite.
Il regagne la propriété familiale de Roche, où il se trouve en juillet. Son état de santé ne s'améliore pas, au contraire. Le 23 août, souhaitant retourné en Afrique, accompagné de sa sœur Isabelle (sa sœur Vidalie est morte le 18 décembre 1875) il redescend vers Marseille. Mais son cancer se généralise, il doit être hospitalisé une nouvelle fois. Le 9 novembre, désespéré de son état, délirant peut-être déjà, il dicte une lettre destinée à sa sœur, et lui demandant de le faire embarquer à tout prix.
Le 10 novembre il meurt. Il vient d'avoir trente-sept ans.
« […] Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s'allument dans le soir. Ma journée est faite ; je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l'herbe, chasser, fumer surtout ; boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant, — comme faisaient ces chers ancêtres autour des feux.
Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'œil furieux : sur mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or : je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retour des pays chauds. Je serai mêlé aux affaires politiques. Sauvé.
Maintenant je suis maudit, j'ai horreur de la patrie. Le meilleur, c'est un sommeil bien ivre, sur la grève. » Arthur Rimbaud. Extrait de Mauvais Sang, in Une Saison en Enfer.
Quelques titres : Poésies (1870-1871), Une Saison en Enfer (1873), Illuminations (1873-1875)…
• 1 — |
Selon certaines sources le père de Rimbaud se sépare de son épouse dès 1861. |
• 2 — |
L'armée française connaît des défaites en Alsace, en Lorraine. Le 2 septembre 1870 c'est la défaite de Sedan, la reddition de l'empereur Napoléon III. Le 4 septembre la république est proclamée (troisième République). Le gouvernement, dont Gambetta est ministre de la guerre, se montre incapable d'empêcher les capitulations de Strasbourg, de Metz, et de Paris (le 28 janvier 1871). Les Prussiens occupent en grande partie le pays. Le 18 janvier 1871 l'Empire allemand, a été proclamé, au château de Versailles, dans la Galerie des glaces, et le roi de Prusse est alors devenu le Kaiser. La victoire de l'Empire allemand sur la France est entérinée par le traité de Franfort, le 10 mai 1871, par lequel l'Alsace, une partie de la Lorraine, sont arrachées à la France ; mais le territoire de Belfort reste français. Après la levée du siège de la ville par les Prussiens, alors que l'Assemblée nationale s'est installée à Versailles, le 18 mars 1871 c'est l'insurrection de la Commune de Paris, qui s'érige en Gouvernement. Les Communards sont indignés par la capitulation, et ils veulent substituer dans la gestion des affaires de Paris la Commune à l'État. Lors de la semaine sanglante, du 21 au 27 mai 1871, les troupes des Versaillais entre dans Paris et écrase la Commune. Les derniers Communards sont exécutés au cimetière du Père-Lachaise, devant le mur des Fédérés. |
• 3 — |
Rappelons qu'il est alors âgé de dix-sept ans seulement. |
• 4 — |
Mentionnons un incident pami d'autres… « Une lecture à l'un des « Dîners des Vilains Bonhommes », où il scande de m… répétés la récitation d'un sonnet fait par un piètre poète, manque se terminer des plus mal par l'assassinat de Carjat, un journaliste-photographe qui venait de l'insulter. » In Dictionnaire encyclopédique de la littérature française (extrait de l'article de Jean-Luc Steinmetz consacré à la biographie d'Arthur Rimbaud), collection Bouquins, éditons Robert Laffont, 1997, 1999. |
• 5 — |
Don Carlos, prétendant au trône d'Espagne. |
• 6 — |
Les Carolomacériens sont les habitants de Charleville(-Mézières). |
• 7 — |
Selon certaines sources : au pistolet, de deux balles. |
• 8 — |
Rimbaud n'aurait pas, selon certaines sources, pu payer l'imprimeur. Selon d'autres sources l'ouvrage aurait été imprimé grâce aux deniers de sa mère, Rimbaud n'en prenant toutefois, pour d'obscures raisons, qu'une demi-douzaine d'exemplaires. |
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